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Etats-Unis

MA VISITE DE SEATTLE ET ABERDEEN, BERCEAU DE NIRVANA ET KURT COBAIN

Seattle. Pour tout fan de Rock, ce nom résonne comme un incontournable de la scène musicale. L’occasion d’un véritable pèlerinage en terres grunge sur la côte Nord Ouest américaine. De Seattle à Aberdeen, je vais pouvoir en apprendre plus sur les débuts de Nirvana et Kurt Cobain. Je te raconte comme si tu y étais ce voyage dans le temps vers le berceau du Grunge et l’enfance du leader charismatique de Nirvana. Viens comme tu es et suis-moi !


Un pèlerinage musical à Seattle

Il y a les voyages de pur dépaysement, de découvertes, ceux qui t’en mettent plein les yeux par la beauté des paysages. Et puis il y a ceux qui parlent directement à tes passions et tes rêves. Qui touchent à quelque chose d’intime et de profond en toi. Dans mon cas, la musique. C’est sur les terres du grunge, berceau de ce courant musical unique que je me rends aujourd’hui. Là où de nombreux groupes ont vu naitre, grandir et parfois mourir leur talent. J’y ai passé quelques jours intenses et hors du temps.

Outre le charme côtier de cette ville que je te décrirai dans un autre article, la raison principale et évidente qui me mène ici est liée à son histoire artistique. Quand j’entends « Seattle », je l’entends, littéralement. Cette rage et ce spleen, cette force et ces failles. Ces deux syllabes s’accompagnent des guitares et des voix qui ont donné à Seattle cette place centrale et inégalée dans le monde musical. Et qui m’ont donné, à moi, une envie folle d’y aller un jour.

Chance insolente, un de mes cousins y a fait sa vie depuis maintenant 10 ans. Une histoire qui commence comme une année d’étude et qui se poursuit en véritable american dream. Lui et sa femme nous ont donc très gentiment accueillis en plein coeur de la ville. Directement immergée dans un bel appartement cosy, me voici prête à aller à la rencontre de ces villes pleine de personnalité.
En somme, réaliser un vrai pèlerinage musical !


Mon itinéraire en terre grunge

La dernière maison de Kurt Cobain à Seattle

La première étape de mon itinéraire est symboliquement là où l’histoire de Nirvana s’est arrêtée. Direction la dernière demeure de Kurt Cobain, cette belle maison imposante aux abords de la ville dans le quartier Denny Blaine. Acquise par le couple Cobain/Courtney Love en 1994, la veuve y a vécu jusqu’en 1997, date à laquelle elle fut vendue. La demeure si particulière continue d’attirer fans et curieux et fut de nouveau mise en vente en 2019 pour la somme de 7,5 millions de dollars, soit 5 fois le prix de vente en 1997. Le prix d’un destin brisé, d’une légende aussi rock n’ roll que dramatique, et d’une maison magnifique de 763m² avec vue plongeante sur le lac Washington. Pour s’y rendre, nous choisissons de prendre le bus qui nous y emmènera en une vingtaine de minutes depuis le centre ville.

L’émotion est déjà forte quand nous descendons à l’arrêt. 15 minutes de marche environ nous séparent du lieu exact. Il fait doux, le soleil brille. Une journée un peu hors du temps, entre printemps, été et automne, indéfinissable. L’impression d’être dans un rêve étrange. Toujours cette magie du voyage. Hier encore, nous partions de Montréal, et deux avions plus tard, me voilà de l’autre coté de l’Amérique. A 10000 km de cette France dont je me suis déjà détachée 1 an et demi auparavant.

Marchant vers une maison si symbolique, dans une ville qui l’est tout autant.

Le beau quartier Denny Blaine de Seattle

Trouver la dernière maison de Kurt Cobain

A mesure que nous avançons dans ce quartier charmant, j’essaye de graver chaque instant. Je me nourris de ces belles demeures si typiques, ces pelouses entretenues, ces arbres qui cèdent doucement à l’automne. Mais ma tête est ailleurs. La caméra de mon téléphone en témoin, pour essayer de capter quelques moments bruts. Mettre un peu de distance avec tout ça peut-être aussi.

On se rapproche, on devrait même y être… Une maison sur la gauche, en contrebas, attire justement le regard. Elle y ressemble franchement non ? On s’assoit dans les fourrés, quelque peu troublés. Je vérifie sur mon téléphone. C’est elle. D’ici, la vue plongeante offre une vision d’ensemble sur le jardin de la maison et sur le petit parc qui la borde et fait office de lieu d’hommage à Kurt.

Une belle demeure qui a connu un destin tragique

Ok…On descend. Pour ça, il suffit de trouver les marches officielles un peu plus bas. Elles conduisent directement au Viretta Park, le square qui borde la demeure, dont les deux bancs accueillent les fans depuis 25 ans.
Tout est simple, rien ne laisse présager qu’ici défile tant de monde, dans un lieu qui rassemble tant de tristesse. Si ce n’est que les bancs en question portent les traces des différents passages. Ils sont recouverts d’écriture, de messages, paroles de chansons ou hommages personnels. Bijoux et petits mots, déposés là au grès des visites. Autant de signes et de témoignages que certaines choses ne meurent jamais vraiment.

Recueillement et émotions face à la maison de Kurt Cobain
All in all is all we are…


De façon tout à fait personnelle, il était essentiel pour moi de me rendre ici. Pourtant, les sentiments et émotions se bousculent. Tout n’est pas si évident. Voir de ses yeux la maison où un artiste majeur s’est donné la mort est déjà en soi très particulier. Mais au-delà d’un aspect qu’on pourrait trouver morbide, c’est une communion que je ressens. Je ne rentrerai pas dans les cotés trop intimes, mais l’histoire de Kurt me bouleverse et me parle. Dans ce qui gronde en moi, dans ce qui ne s’exprime pas toujours, dans cette passion dévorante mais sans concession qui peut facilement se changer en fardeau.

La fin de Kurt Cobain

Ici, au-dessus du garage, dans une serre qui a été retirée depuis, Kurt Cobain s’est éteint le 5 avril 1994 à 27 ans, quelques mois à peine après l’acquisition de la maison. Son corps a été retrouvé 3 jours plus tard par un employé, et l’annonce de sa mort a provoqué un véritable raz de marée chez les fans du monde entier. Un instant dramatique de la pop culture des années 90. La maison du 151-171 Lake Washington Blvd E devient alors instantanément un sanctuaire, où le temps s’est un peu arrêté.

La serre au-dessus du garage a été retirée
La maison qui a vu s’éteindre Kurt Cobain


Ce que Kurt avait à dire, ce qu’il n’a pas pu raconter, ce qu’il a su mettre en musique dans une trop courte carrière pour les fans, trop lourde pour lui, tout s’est figé ici. A moins que sa voix écorchée et ses riffs ne continuent de hanter des générations. Et en poussent d’autres à faire entendre leurs propres cris. C’est pour tout ça que je suis là. Laisser courir mes racines pour qu’elles s’agrippent à celles qui courent encore sous le sol de Seattle.

Cette maison ne symbolise pas Kurt Cobain. Elle a reçu son mal-être dans son expression définitive, mais ne résume pas l’artiste qu’il a été. Son authenticité, sa non compromission, son talent trouvent encore un écho. Certains ne l’entendent plus. D’autres le laissent résonner et y répondent. Tout s’entrechoque alors que je chantonne du Nirvana, affalée sur un banc, puis l’autre. Que je fais les cent pas dans ce petit parc, puis au plus près de la maison. Sans trop savoir quoi attendre. L’envie stupide de sonner, de discuter avec le propriétaire, de visiter la propriété.

Le soleil commence sa descente, l’ambiance est plus lourde. Quelques personnes ont fait le déplacement pendant ce long moment où je suis restée là. Les voitures des habitants du quartier défilent. J’aimerais appuyer sur pause.
Derniers regards, on revient se poster en haut des fourrés, avec cette vue dégagée sur ce garage amputé de l’embarrassante pièce où s’est suicidée une anti rock-star. L’impression de laisser un vieil ami. On repart.

Le quartier semble encore plus doux, sous la lumière dorée d’une fin d’après-midi pas comme les autres. Sur le chemin retour, on croise une école, un potager en libre accès, joli coin de verdure. Malgré l’intensité de ce que j’ai vécu, je me sens apaisée par ces rues. Chez moi, dans une autre vie.

Le prochain rendez-vous nous emmènera en arrière, vers les tous débuts du groupe Nirvana. Direction Aberdeen.

Fin de journée dans les rues de Seattle
La douceur après les émotions

Aberdeen : la ville de naissance de Kurt Cobain

Située à environ 2h de Seattle, Abderdeen est une petite ville de moins de 20 000 habitants. Son histoire est intimement liée à celle de Nirvana puisqu’elle a vu naitre et grandir Kurt Cobain, et avec lui le trio qui allait révolutionner le rock des années 90.

Avant de valider mon voyage à Seattle, je n’aurai jamais pensé me rendre à Aberdeen. Les débuts de Nirvana restaient vaporeux et immatériels pour moi et j’ignorais tout de cette ville. Eclipsée par l’ombre de son imposante grande soeur, c’est pourtant ici que que tout a commencé. Visiter Seattle n’a fait que renforcer mon envie d’en savoir plus et de remonter encore un peu le temps.
Pour nous y rendre, mon cousin me prête sa voiture : un luxe incroyable et une liberté plus qu’appréciable. Louer un véhicule est toujours un peu pénible et source de stress.
A nous deux Aberdeen, je veux te connaitre, as a friend…

On remonte le temps

Come as You Are : Bienvenue à Aberdeen

Fin de matinée, nous voilà donc sur les routes verdoyantes de l’état de Washington. Le temps est au beau fixe. Je ne sais pas trop à quoi m’attendre quand j’arriverai dans la petite ville portuaire. Une chose est certaine cependant, sa réputation n’est pas des plus joyeuses ni engageante. Mon cousin lui-même ironise sur cette visite : attention à ne pas revenir d’ici trop déprimée !

A notre arrivée, le fameux panneau vert nous accueille dans la ville. Sous le « Welcome to Aberdeen« , quatre mots qui en disent long : « Come as you are« . Hommage assumé à l’enfant terrible du pays enfin reconnu. Venir comme on est, dans cette ville morose que Kurt a quitté sans regret. Une façon pour Aberdeen de se réapproprier les vraies racines de Nirvana. Même si c’est c’est aussi reconnaitre le spleen qui couraient alors dans ses rues étriquées. Qui a pris vie sous la forme d’une rage brute et sans concession à l’origine de la fièvre Grunge. Un peu comme un mauvais parent qui ne pourrait s’empêcher de penser qu’il est malgré tout responsable de la réussite de son enfant. Oui, rien que ça.

Quoi qu’il en soit, c’est déjà une certaine émotion que de lire ces mots, et d’entrer dans la ville sans véritable plan. Je sais juste qu’ici nous attendent deux temps très forts : la maison d’enfance de Kurt et le fameux pont, devenu lieu d’hommage et de recueillement.

Welcome to Aberdeen : Come as You Are

Pour l’instant, c’est l’heure d’un brunch, et nous optons rapidement pour le premier Wendy’s qui se présente. Je voulais vraiment un diner américain typique, et cette chaine de restaurant s’accorde parfaitement au lieu. J’aime ce type d’endroit simple où on se sent toujours bien et accueilli. Le papi à qui la serveuse quinqua parle comme à un vieil habitué et ami en témoigne. Le service est agréable et chaleureux, les portions généreuses. Je repars même avec des restes de pancakes pour le goûter.

Un passage obligatoire dans un Denny’s

La boutique Sucher & Sons Star Wars Shop

Première étape ? Un magasin haut en couleurs qui m’a laissé un très bon souvenir. Direction Sucher & Sons Star Wars Shop, la caverne de Don, blindée d’objets de collection dédiés principalement à Star Wars, mais pas que…

Véritable boutique/musée/cabinet de curiosité à l’image de la folie douce de son propriétaire, une visite ici ne peut pas laisser indifférent. Au pire, tu seras rebuté par le coté capharnaüm assumé, au mieux, tu seras fasciné par cette visite hors de l’espace et du temps. Dans tous les cas, tu seras submergé d’informations à ne plus savoir où donner de la tête.
Dès la devanture, le ton est donné. Un mannequin en fauteuil roulant, habillé en princesse Leia nous accueille avec son sabre laser.

A l’intérieur, le propriétaire nous salue avec simplicité et bonne humeur. Il nous laisse fureter un peu partout, jusque dans les toilettes de la boutique, où la décoration s’est aussi invitée. Rapidement, il s’intéresse à ce qui nous amène ici. Grâce à Pauline du blog Soif de Voyage qui a fait le même pèlerinage deux semaines auparavant, j’ai connu cet endroit et appris qu’un petit coin (non, pas les toilettes) y est dédié à Kurt Cobain et Nirvana. Je lui explique donc que c’est plutôt en tant qu’amoureuse de musique que j’ai franchi le pas de sa porte et que je me trouve à Aberdeen.
Un coup d’oeil et une remarque sur mes vieilles converses assorties aux siennes suffit à nous mettre au diapason. On se comprend. You Rock, Don !

Un Kurt Cobain se cache dans la photo
Un espace rempli de pop culture

Hommage à Kurt Cobain

Son hommage à Kurt occupe peu d’espace, déjà saturé de pop culture, mais il a le mérite d’exister. Vinyles, extraits de journaux, photos cultes et parfois rares encadrées, tout ou presque est à vendre. Des cartes postales uniques ont été aussi créées pour l’occasion. Un petit souvenir que j’achèterai avec plaisir. C’est aussi ici que trône le guest book à signer, où je retrouve la dédicace de Pauline quelques jours auparavant.
Ca fait plaisir de savoir que Kurt n’est pas oublié, et que nous sommes plusieurs assez passionnés pour faire ce genre de déplacement. Enfin, Don nous remet son document personnel qui répertorie les lieux en lien avec l’histoire du groupe ici à Abderdeen. Une simple feuille A4 en noir et blanc, difficilement lisible mais précieuse, que seuls les initiés qui sont passés par ici possèdent !

Le coin dédié à Nirvana
Se perdre dans un concentré de culture pop


Nous passons encore un peu de temps dans la boutique, à se perdre dans les souvenirs, à revivre les années 80 ou 90, à découvrir des objets pour les grands enfants qui le resteront toujours. Don continue d’échanger avec nous, me parle de ses enfants qui ont mon âge, me montre une pièce décorée façon chambre saturée de jouets, cassettes vidéos, jeux de société. Le rêve de tout nostalgique. Il a d’ailleurs cette phrase culte :

« Changing the world, one toy at a time ».


Une photo souvenir plus tard, on repart avec le sourire, charmés par la visite quelque peu surréaliste que nous avons vécu. Les sourires se feront rares pour le reste de la journée, profitons-en.

Poser avec le sympathique et fantasque Don Sucher

La maison d’enfance de Kurt Cobain

C’est parti pour remonter encore un peu le temps, direction les années 70 qui ont vu naitre et grandir Kurt Cobain. C’est devant sa maison d’enfance que nous nous rendons, après quelques minutes en voiture qui suffisent à voir le temps s’assombrir un peu plus.

A l’arrivée dans le quartier, on ne peut que saisir son coté « populaire ». Les petites maisons en bois sont souvent délabrées, certaines plus pimpantes, mais toutes ont un charme indéniable, en tout cas à mes yeux. Se trouver dans une véritable petite ville de la cote Ouest américaine, sans filtre, sans fard est une sensation inestimable. Le fait qu’elle soit si intimement lié à un mythe du Rock rend l’expérience d’autant plus précieuse.

Là où tout a commencé…

L’atmosphère s’en ressent : l’émotion me saisie à mesure que nous faisons les dernier mètres en voiture. On y est. La petite maison jaune pâle, là, à gauche au 1210 E 1st St. C’est ici que Kurt a vécu quasiment depuis sa naissance, puis jusqu’au divorce de ses parents. La devanture est sans prétention, à présent entourée d’une barrière grillagée. Des rideaux sombres obstruent toutes les fenêtres, des caméras de surveillance pointent vers la rue. Ok, message compris. Oh well, whatever…
Ca ne m’empêche pas de prendre totalement conscience de l’aspect exceptionnel de notre présence ici.

La petite maison d’enfance de Kurt Cobain


Je peux totalement comprendre le ras le bol des habitants qui doivent voir défiler des fans plus ou moins discrets. J’imagine également que tout le monde vit ce genre de « visite » différemment. Dans mon cas, j’ai envie de prendre mon temps. De m’imprégner le plus possible de l’atmosphère impalpable mais tellement particulière. Un peu comme si j’étais moi-même une voisine du jeune Kurt, et que j’attendais qu’il sorte pour aller trainer ensemble sur les bords de la rivière Wishkah…

D’ailleurs, on en profite pour faire le tour du quartier à pied. En quelques minutes seulement, j’ai pu avoir un aperçu du voisinage. Je ne sais pas si le visage du quartier à véritablement changé mais j’ai la sensation qu’il est resté fidèle à lui-même. Les drapeaux américains côtoient les murs en ruine. On entend une femme vociférer depuis une des maisons, des chiens aboyer, on voit aussi un chaton adorable dans un des jardins dont la propriétaire me sourit. Un petit microcosme brut et nature, sans concession. J’aime être ici, j’aime le ciel qui s’assombrit, j’aime marcher dans ces rues moroses.

Arpenter les rues sans âge d’Aberdeen
Quelques façades pimpantes à Aberdeen


De retour devant la maison, je m’assoie un moment au sol, les yeux qui gravent ce paysage. La maison en face et son pommier rempli de fruits, la forêt que l’on aperçoit tout autour, les mêmes rues qu’il y a 50 ans.
Un peu plus loin, encore des chats. Je joue avec une minette écaille de tortue, je profite, mélancolique et reconnaissante en même temps.
A deux pas d’ici, le pont et le mémorial de Kurt cristallisent encore un peu plus sa trace. La rivière murmure.
On répond à l’appel.

Depuis le pommier en face de la maison de Kurt
La petite petite petite fille du chat de Kurt Cobain.

Dans la peau de Kurt Cobain

Tous les fans connaissent la chanson, et bien souvent l’anecdote qui l’accompagne. La sombre et douloureuse Something In the Way qui clôture l’album Nevermind. Celle qui commence par les mots « Underneath the bridge », et qui décrit parfaitement ce sentiment de désoeuvrement et de solitude.


Les paroles renverraient à cette période où, en conflit avec sa mère qui voulait le voir trouver un job et construire sa vie, Kurt était plus ou moins invité à quitter la maison. La légende veut que le pont tout proche qui enjambe la rivière lui ait servi de refuge, y compris pour la nuit.
Cette information a été démentie mais l’histoire reste. Qu’il y ait dormi ou non, ce pont a sans aucun doute reçu le jeune Kurt et accueilli ses états d’âme. Avant de m’y rendre, je ne savais pas qu’il était si proche de sa maison d’enfance. Il devient alors encore plus simple de s’imaginer l’artiste errer sur les berges boueuses de la rivière.

Un peu d’humour noir, comme un présage…

Sous le pont d’Aberdeen

Underneath the bridge…c’est exactement où je vais. La symbolique autour de ce lieu est forte, je me sens étrangement privilégiée d’être ici. Qui aurait pu imaginer à l’époque que ce pont d’apparence banale d’une ville qui l’est tout autant deviendrait un vrai lieu de rassemblement et de communion pour des fans tout autour du monde ? Cependant, près de 20 ans après le décès de Kurt, les aller et venues se font forcément plus rares.
Pour autant, nous ne serons pas seuls à faire le déplacement aujourd’hui.
Je ne m’attarde pas pour l’instant au petit memorial qui jouxte le pont. Mes pas se dirigent directement sous le pont.


A notre arrivée, sous ces centaines de tags recouvrant la moindre parcelle de béton, un homme seul est assis un peu à l’écart. Il enchaine les cigarettes, et je me fais plus discrète encore.
Un peu plus tard, quelques personnes viendront passer quelques minutes ici. Je n’ai pas envie d’échanger, de discuter. Je reste dans ma bulle, sur mon coin de terre boueuse à moi. Mes yeux sont rivés sur la rivière. L’eau qui s’écoule, froide et sombre, qui a reçue une partie des cendres de Kurt. Cette inscription qui accroche le regard : « – In Memoriam – From the muddy banks of the Wishkah » en référence à l’album posthume du même nom.

Les milliers de tags sous le pont d’Aberdeen
Sous le pont d’Aberdeen. Fort et symbolique
Pont aberdeen From the Muddy Banks of the Wishkah


Something in the Way…

J’y suis. Je rêvais d’y chanter Something In The Way, moi qui ai toujours particulièrement adoré le titre. Mais je n’ose pas avec ce gars à coté. Alors je chante dans ma tête. Le temps se gâte encore, il fait gris, le ciel s’alourdit, et le coeur pas mal aussi.


Etre sous ce pont est une expérience hautement symbolique. Le traverser est pour moi une façon d’enrichir ce moment. Aller voir ce qui se cache de l’autre coté de la rive. En marchant sur le pont, je fixe ces visions d’arbres, de ciel menaçant, ce vent et cette émotion. De l’autre coté, un vague réparateur de voitures entrepose des outils et des vieux modèles en bord de rivière. Je ne pense pas avoir le droit d’y être, mais le lieu est désert. Je m’assois sur un tronc et fixe le pont depuis cette nouvelle perspective.

De l’autre coté du pont
Une traversée symbolique et riche en émotions

Memorial Park hommage à Kurt Cobain

Il est temps de regarder d’un peu plus près le fameux « memorial park ».
De retour de l’autre coté, je fais le tour des différents éléments qui rendent hommage à Cobain. Ici, un modèle très rare de air guitar sur son pied bien réel, (et mauve) lui. Là, une poubelle est encadrée par des pans de ferraille creusées des initiales K C. Une plaque au sol reprend quelques citations de Kurt (dont « Don’t do drugs. They will fuck you up ») dont le F word a été censuré. Enfin, une statue de guitare complète la collection.
L’ensemble est à la fois touchant et « awkward ». Un mélange étrange, à la fois simple, naturel et cheap, un peu ironique. Impossible de savoir ce que Kurt en aurait pensé. Peut-être aurait-il trouvé ça drôle malgré tout.


A l’image du « park » (j’ai du mal à éviter les guillemets, on est beaucoup plus proche d’un petit bout de pelouse), cette construction maison, oeuvre d’un voisin. Des planches assemblées qui disent sans détour (mais avec pas mal de second degré…je crois), son ras le bol. Non, Kurt n’a pas vécu dans cette maison, non ils ne l’ont pas connu, mais John, juste à coté, si.
Tristement comique.
La pluie a fini par céder. Comme pour mettre elle aussi fin à cette journée unique. Comme pour dire qu’il est temps de rentrer, que j’ai fais le tour. Après m’être réfugiée une dernière fois sous le pont, la boucle est bouclée.

Tu m’as accueillie, Aberdeen, moi et mes tourments, mes doutes et mes certitudes aussi. Je n’ai pas eu à chercher bien loin pour me sentir en phase, presque douloureusement, avec ce qui gronde encore à qui sait l’entendre.

De façon tout à fait personnelle, je repars sur la route vers Seattle plus riche encore. Plus forte dans mes rêves et secrets artistiques. C’est aussi ça la magie du voyage. Découvrir, et se redécouvrir. Vivre en vrai ce qu’on a toujours imaginé. Voir de la beauté dans une petite ville facilement déprimante. Parce qu’elle te parle, à toi, pour tes propres raisons.
Venir comme on est, repartir plus proche de ce qu’on sera.


D’autres endroits cultes à découvrir autour de la culture Grunge


Seattle, ce n’est pas que Nirvana, loin de là. Au sein de la mouvance Grunge, on distingue 4 « Big Four » : Alice in Chains, Soundgarden, et Pearl Jam accompagnent en effet la bande de Kurt Cobain. Pour la fan et chanteuse que je suis, être ici est l’occasion rêvée de me rapprocher de petits bouts d’histoire musicale. Bien sûr, je te recommande particulièrement une longue visite du musée de la Pop Culture. Je te raconte ma visite ici.

Voici quelques petits secrets à découvrir…


– Le lieu de tournage du clip Hunger Strike de Temple of the Dog

Au-delà de ces groupes cultes, il y en a un de particulier, puisqu’il réunit Eddie Vedder (seul leader survivant des 4 Big Four) et Chris Cornell. Ce dernier, déjà chanteur confirmé, invite Eddie à faire ses premières armes au sein du « Super Group » Temple of The Dog. Il en résulte un album mythique et un titre fabuleux : Hunger Strike. Cette chanson puissante, émotionnelle et épique est un pur concentré d’années 90.
La vidéo qui l’illustre me plonge dans une contemplation nostalgique et m’a toujours fait rêver. Un groupe, beaucoup de cheveux, du talent à chaque seconde. Il a été tourné sur une plage et dans une forêt autour du Discovery Park à Seattle. Un lieu qui longe l’océan Pacifique et propose 19km de sentiers. Nous nous y sommes rendus la nuit, bravant les interdits, le coeur battant à tout rompre.

Chris Cornell dans le clip Hunger Strike de Temple of the Dog


– Le parc à l’origine du nom de Soundgarden

Le groupe du regretté Chris Cornell tire son origine d’une sculpture, A Sound Garden, exposée près du Magnuson Park. Je voulais à tout prix voir cette oeuvre mystérieuse composée de tubes et de girouettes qui produisent des sons lorsque le vent souffle. Chris Cornell révèle dans une interview que « Kim (le guitariste) courtisait sa petite amie à l’époque et c’était l’un des endroits romantiques où ils allaient. Nous allions nommer le groupe d’après l’un de ces endroits. C’était soit Soundgarden, soit Carkeek Park ou Denny’s ». Malheureusement, le temps à manqué pour se rendre dans cet endroit à 30 min de Seattle. Le rendez-vous est pris pour écouter la musique du vent une prochaine fois dans le Jardin du Son.

– Le dernier appartement de Layne Staley

Enfin, je ne pouvais pas ne pas évoquer le fabuleux groupe Alice in Chains. Layne Staley, le chanteur principal et une bonne part de l’âme de la formation a connu un destin tragique. Epuisé par des années d’addiction, il finira sa vie seul chez lui, victime d’une overdose et de ses démons. Il sera retrouvé mort dans son appartement de Seattle situé au 4528 8th Avenue NE. Bien sûr, le logement en question ne peut qu’être aperçu de l’extérieur, et il ne racontera rien de bien joli sur la vie de son illustre propriétaire. Mais se rendre dans le quartier University District et se replonger dans l’environnement du chanteur m’aurait beaucoup plu. J’y aurai imaginé un Layne apaisé, se promenant nonchalamment dans les rues de la ville, juste là.

Au dernier étage, le dernier appartement de Layne Staley

Seattle est décidément une vibrante et pleine d’histoire. Visiter ces terres grunges est un vrai voyage dans le temps pour tout fan de musique. J’ai adoré vivre ces moments uniques, et j’espère avoir pu t’emmener avec moi à travers ce pèlerinage musical riche en émotions.



N’hésite pas à réagir en commentaire et à me poser toutes tes questions sur ma visite !


Mini playlist spéciale Seattle à écouter pendant ta lecture...
  • Nirvana : Something in the Way
  • Alice in Chains : Down in a Hole
  • Pearl Jam : Even Flow
  • Soundgarden : Fell on Black Days
  • Temple of the Dog : Hunger Strike

Tu veux écouter ma version de Nirvana ? C’est ici !

Heart Shaped Box de NIrvana version acoustique

Ex PVTiste à Montréal de retour en France, minimaliste/multipassions : Viveuse de bonnes aventures qui partage ses périples ailleurs et intérieurs. Espère t'intéresser, te faire voyager, échanger avec toi et changer le monde :)

14 Comments

  • Gaelle

    Mille bravo pour cet article,merci pour ce voyage,tu ne sais pas le bonheur et les emotions que tu procures,bon ok j’adore lire mais la,c’est un réel plaisir une immersion totale,dans ces lieux mais avec surtout de grandes émotions grâce a ton authenticité et ces mots justes.Ni trop ni pas assez, justes parfait.Et ps: c’est sur que c’était l’arrière arrière petite fille du chat de Kurt ca se voit desuite,une évidence.

    • Marge

      Merci beaucoup pour ce beau commentaire, ça me va droit au coeur et je sais que tu as su voyager avec moi à travers ces rues et ces quartiers. On est bien d’accord pour le chat haha (elle m’a raconté plein de secrets !)

  • Océane

    Yeeeah tu as publié l’article. En tout cas, superbe article de pélerinage sur Nirvana alias Kurt Cobain. Tu as réussi à me plonger dans l’atmosphère Grunge et tu as bien retranscrit avec tes mots et tes photos de ce voyage. Merciii c’est très inspirant 😀

    • Marge

      Et oui, je l’ai FAIT !! Merci pour ton soutien, tu m’as aidé à garder le cap pour enfin partager ce périple pas comme les autres. Très heureuse de t’avoir embarquée avec moi en terres grunge !

  • Noël Sandrine

    Merci pour ce voyage rempli d’émotions que vous avez si bien su nous transmettre, j’ai pris beaucoup de plaisir à vous suivre dans vos multiples talents… J’espère que vous nous ferez partager encore beaucoup d’aventures

    • Marge

      Merci beaucoup Sandrine pour ces mots, ravie d’avoir su transmettre la foule d’émotions que j’ai vécues là-bas. Beaucoup d’autres partages sont prévus, sois au rendez-vous ! (on peut se tutoyer 😉 )

  • Pauline de Soif de Voyages

    Merci beaucoup pour la petite dédicace ! 😉 Haaaa, que de souvenirs ce voyage à l’ouest ! Et la rencontre avec Don dans sa boutique ! Je me rappelle encore quand tu m’avais envoyé la photo de ma dédicace dans le livre d’or hihi ! Ton article est superbe et richement documenté ! Merci pour le partage ! 🙂

    • Marge

      Merci à toi pour ce super bon plan de la boutique, et pour cette passion commune qui fait du bien ! J’étais trop contente de voir ta dédicace, le monde est si petit quand on n’hésite pas à bouger 🙂 Merci pour ton passage ici, et très heureuse que tu aies aimé l’article !

  • Anthony

    Ton article est vraiment parfait et me rappelle avec précision les moments fort et hors du temps qu’on a vécus.
    J’ai de la chance d’avoir tes récits écrits avec tellement de talent pour me rappeler chaque instants et me replonger dans mes emotions passées.
    Un grand bravo à toi et longue vie à la musique de kurt et au grunge en général !

    • Marge

      Merci beaucoup, très heureuse d’avoir enfin pu poster cet article si important pour moi. On se souviendra longtemps de ce pèlerinage, un moment fort et précieux. J’espère que ça en décidera d’autres à faire le déplacement et à (re)découvrir la musique de Kurt.

  • Anne

    Coucou, petit mot rapide pour te dire que ton article est une pépite ✨🙏 j’ai adoré plonger dans cette ambiance et j’avais vraiment l’impression d’être sur place avec toi, à ressentir ces vibes si particulières et intenses. Ça m’a tellement donné envie d’y aller 😱😎 ah et ta plume et tes photos 😍… + un sujet musique avec une telle passion qui transparaît… Bref du bonheur ! (et j’ai passé l’article à une pote fan de Kurt… Ton voyage c’est son rêve. Elle était en transe 😂 et maintenant, j’ai une liste de biographies de lui à lire longue comme le bras) Bref merci 💋

    • Marge

      Salut Anne,
      Ton mot rapide est un vrai commentaire qui fait extrêmement plaisir ! Merci beaucoup pour ta visite, ta lecture, et ce retour si positif qui fait beaucoup de bien !
      Ravie d’avoir emmenée avec moi pour ce périple si particulier. Quant à ta pote, je lui souhaite de réaliser ce rêve dès que possible ! Qu’elle n’hésite pas en cas de questions 😉

  • Alias Chantal Mina

    Ma fille, tu es incroyable, c’est Tellement bien écrit, tellement bien raconté, Que je me suis sentie emportée
    Si seulement Kurt Cobain si cher à ton cœur ❤️pouvait lire cet hommage il n’en reviendrait pas,
    Il y tant d’émotions , et de tristesse ,
    Bravo pour ton travail magistral, complet, précis, superbes photos comme d’habitude .
    Gros bisous.🦋💐

  • JF Alias

    Superbement écrit, précis, juste, émouvant bien sûr… chaque mot a du être choisi avec un soin extrême, et pourtant tout est naturel, direct, absolument pas pompeux ou artificiellement « stylé ». Tu donnes l’impression de nous parler en tête à tête, intimement, et l’émotion fait que l’on « t’écoute » avec un immense plaisir. Les mots et les images sont forts et donnent vraiment l’impression de vivre avec toi ces instants sublimés. Tellement fier de toi !

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