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Sur les traces des sorcières de Salem

Si je te dis Salem, il y a de fortes chances que tu y associes le mot sorcière…et c’est aussi mon cas ! Cette petite ville de la Nouvelle-Angleterre à 30 minutes de Boston porte encore en elle cette tragique histoire de procès et d’accusation qui fascine autant qu’elle interroge. Que s’est-il réellement passé à Salem ? A quoi ressemble cette ville et à quoi s’attendre quand on vient la visiter ?
Allez hop, je grimpe sur mon balais, suis-moi si tu peux !


Quand j’ai prévu mon long week-end à Boston, j’y ai forcément inclus un passage à Salem. Pourquoi ? Pour la découverte d’une ville à la fois touristique mais typique, le mystère incontestable qui entoure ses procès et ce besoin de ressentir ce qui s’en dégage. Quelle chance de pouvoir cocher les cases de ces choses que l’on veut voir. C’est ce genre de sentiment assez inestimable que tu peux ressentir lorsque tu as quitté ton continent et que s’ouvre devant toi un nouveau champs des possibles.
Il faut aussi savoir que je suis de façon générale extrêmement intéressée par l’étrange, le surnaturel, tout en étant très cartésienne. Mon coté journaliste et enquêtrice autant que la passionnée des thématiques et imageries obscures !

Comment se rendre à Salem depuis Boston ?

Tu peux y aller en bateau pour le coté mini croisière si le temps est agréable (compte 45$ et 1h), par la route en voiture ou via le train, le plus rapide et pratique.
Depuis la station North Station, tu peux acheter un billet vers Salem pour 15$ aller-retour. Selon le jour de la semaine, des trajets sont proposés toutes les 20 min à 1h.
Il faudra prendre la ligne violette Commuter Rail et tu y seras en 30 minutes. Je suis d’ailleurs très contente de prendre le train aux Etats-Unis : ça ne fera que renforcer cette idée de voyage et d’évasion concentrée en un long week-end.
Ok, les places sont prises, il n’y a plus qu’à attendre que le train arrive.


L’arrivée à Salem : premières impressions

Nous y voilà, je sors du train, je suis enfin à Salem ! Comme à Boston, sa grande soeur et son Freedom Trail, la petite ville propose elle aussi un chemin à suivre, peint en rouge directement sur le sol, appelé Heritage Trail. Un chemin tout tracé pour faire connaissance, qui comporte plusieurs boucles. Mais tu te doutes bien que j’ai prévu de sortir des sentiers battus !

Alors te voilà, Salem. Toi et ton histoire dramatique que tu traines depuis 327 ans. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Qu’as-tu à offrir aux touristes qui se pressent dans tes rues pour le frisson facile ? Le diable se cache-il encore derrière tes façades colorées ?

L’air est frais, le ciel toujours maussade, et les rues sont presque désertes. Je me sens excitée et impatiente, mais les émotions, ça creuse. Il est 11h, et mon premier réflexe sera de trouver un endroit où prendre un petit-déjeuner (on ne se refait pas). Le genre de breakfast à l’américaine qui te tient pendant des heures. Après une tentative au Ugly Mug Diner qui avait l’air top mais archi complet, c’est chose faite au Fountain Place Restaurant que je ne te recommande pas. C’est la première fois aux états-unis que j’ai eu un service décevant. Pas de verre d’eau, pas de regard, pas de sourire, expéditif et négligeant alors que le lieu est presque vide. Je n’étais plus habituée 🙂

Tant pis, je suis à présent prête à arpenter les rues de Salem, et ça n’entamera pas ma motivation. Mais avant ça, laisse moi te raconter l’histoire des procès. Après promis, on va se promener.


Petite histoire de Salem et contexte historique

Je ne sais pas si tu te rappelles, mais moi et l’histoire, à la base ça fait deux. Et pourtant…voilà encore un exemple qui viendra confirmer que les histoires se vivent. Ce ne sont pas des dates écrites dans un livre, ni des mots vite lus et oubliés. En l’occurence concernant Salem, on a là une histoire qui à changé le visage d’un village au cours d’un hiver glacial et l’a précipité dans l’enfer qu’il craignait tant. 3 siècles plus tard, l’odeur de souffre flotte encore.


L’hiver 1692 à Salem Village

Tout commence à l’hiver 1692. Imagine une petite ville entourée de forêts, Salem Village (aujourd’hui Danvers), dans la rudesse des mois les plus froids. Le contexte de l’époque n’est pas des plus prospères ni tranquilles : les français combattent la petite colonie anglaise et créent de vives tensions, alors que les attaques régulières des natifs indiens sèment la peur. Les forêts revêtent alors un aspect des plus inquiétants quand on y cristallise ses craintes. On s’attend à en voir surgir menaces et dangers, et ses bruits ne sont-il pas la preuve que l’on y est observé ?


Heureusement, Samuel Parris, le nouveau et ambitieux pasteur puritain est arrivé de Boston après ses années à la Barbade. Il est là pour soutenir la communauté, envers qui il fera toutefois preuve de toute la rigidité de son traditionalisme.
Petit à petit, ses sermons et la gestion de l’argent au sein de son église ne font plus l’unanimité. Le pasteur commence d’ailleurs à voir dans cette hostilité naissante l’inspiration de Satan lui-même…
L’absence de confessions et d’absolution chez les puritains rend le climat un peu plus lourd encore. Les hommes sont seuls avec leurs péchés, leurs pensées coupables et leurs ressentiments. C’est dans ce climat difficile que tout commence.


Les premiers signes de sorcellerie

Au sein du foyer de Samuel Parris, sa fille et sa nièce vivent un quotidien austère de petites filles normales de 9 et 11 ans. Si ce n’est qu’elles partagent leur vie avec la servante métisse de la famille, Tituba, qui a accompagné le pasteur depuis la Barbade. Et qui a beaucoup d’histoires à raconter aux enfants curieux…
On ne sait pas exactement ce qui s’est conté au coin du feu cette année-là, ni dans quelle mesure Tituba à développé l’imaginaire des filles. Toujours est-il que les tentatives de divination et ses mystères sont entrés dans le foyer, sous la forme de jeux d’enfants interdits. Les moyens de s’amuser n’étaient pas nombreux, et il est tellement tentant de s’essayer à découvrir le métier de son futur mari pour occuper ses journées d’hiver…

Malheureusement, cela n’est pas sans conséquence. Bien qu’il n’y ai en soi aucun danger à lire l’avenir dans un verre d’eau (le verre de Venus, dans lequel un blanc d’oeuf en suspension donnera des volutes à interpréter), ces activités étaient bien évidemment hautement répréhensibles. Et que deviennent l’angoisse, la culpabilité et la peur d’être prise en faute quand celles-ci ne trouvent aucun échappatoire ? Pour Betty, rejointe plus tard par Abigail, cela va soudainement se traduire par d’étranges comportements, de plus en plus ostentatoires. Cris, aboiements, langue inconnue, refus des prières et positions bizarres, tout porte à croire que la fille du pasteur est tombée malade. Et cette forêt qui fait toujours plus de bruits inquiétants…

Le malin s’immisce dans les esprits et le diagnostic d’un des médecins appelé à l’aide va dans ce sens. La petite n’est pas tombée malade mais bel et bien entre les griffes du Diable et de la sorcellerie.

Une jolie façade colorée de Salem pour détendre l’atmosphère


Angoisse collective et accusations

C’est le début d’une angoisse collective qui va vite évoluer en accusations fébriles, désordonnées et implacables.
Car c’est bien ça, l’histoire de Salem. Un témoignage saisissant de l’obscurantisme, de la suspicion comme arme contre un climat délétère qui n’épargnera presque personne. Jeunes ou vieilles, notables ou mendiantes, pieuses ou non, hommes et enfants. On accuse par peur réelle, par vengeance aussi et surtout pour ne pas être accusé soi-même.

Comme les deux enfants qui jouaient à se faire peur, la terreur finie par devenir on ne peut plus concrète. A la différence que les conséquences vont être dramatiques, et fatales, pour 20 personnes exécutées dont 19 par pendaison, sur les collines de Gallows Hill. Les deux enfants vont rapidement lâcher trois noms de femmes à l’origine de leurs tourments : Sarah Good, une mendiante, Sarah Osborne et bien sûr Tituba.

Il est aujourd’hui difficile de trouver les informations les plus précises, notamment sur l’histoire de chacune des victimes. Si certaines ont droit à des détails sur leur tragédie, elles gardent encore pour la plupart bien des secrets. Lors de son interrogatoire, Tituba finira d’ailleurs par concéder un pacte avec le malin…
Il faut cependant savoir que les accusés qui avouaient leurs crimes de sorcellerie, tout en désignant les « véritables coupables » n’étaient pas condamnées à mort. Il fallait alors un sacré courage pour aller au bout de ses pensées, tout autant que des valeurs chrétiennes infaillibles et incorruptibles. Plutôt accueillir la mort et accepter pieusement son sort que de pécher par mensonge ou accuser à tort d’autres innocents.

Je t’illustre l’histoire par le nom de chaque victime tiré du mémorial secret que je te fais découvrir en fin d’article


La chasse aux sorcières

On imagine donc bien la suspicion et l’hystérie qu’y s’emparent de la population, jusqu’aux villages voisins. Une mauvaise récolte ? Une fausse-couche ? Un conflit avec une mendiante qui marmonne un peu trop et voilà que l’explication aussi évidente que terrifiante est toute trouvée : sorcellerie ! On accuse autant par véritable superstition que pour ne pas craindre d’affronter soi-même l’opprobre morbide qui suivra. Il est intéressant de constater également que la plupart des accusés sont des habitantes de Salem, portuaire et plus prospère, quand les accusateurs sont majoritairement de Salem Village, plus rurale et aux coeur des terres…


La chasse aux sorcières est lancée pour parvenir à son apogée dans les mois qui suivent, mais soulignons que les femmes se sont également énormément accusées entre elles. Il serait donc simpliste de n’y voir qu’une chasse aux femmes. Pour les puritains, celles-ci est d’ailleurs reconnue comme égale de l’homme aux yeux de Dieu…mais pas à ceux du Diable ! Elle n’est donc pas (seulement) une tentatrice pécheresse par nature mais une victime plus facile, plus aisément en proie au démon, notamment de par sa constitution plus fragile. Cyniquement logique à l’époque.
C’est en tout cas par deux enfants que tout commence. Le reste de la population se chargera de perpétuer cette folie.


Preuves spectrales au tribunal

Difficile d’apporter les preuves de sorcellerie n’est-ce pas ? Pas vraiment lorsque même la « preuve spectrale » est alors sérieusement prise en compte. C’est simple : le malin et ses démons étant terriblement puissants, il était admis qu’ils pouvaient s’insinuer dans les esprits et les rêves. Dès lors, une simple sensation, des hallucinations ou des cauchemars étaient considérés comme des preuves, et entrainaient avec elles les « coupables ». Il va sans dire qu’un tel contexte ne facilitait pas la sérénité ni un bon sommeil…Un mauvais rêve impliquant la vieille Sarah Osborne ? Sorcière !

Qu’elles soient feintes ou ressenties, les accusations pleuvent sur Salem Village jusqu’aux contrées voisines. Les chiffres évoquent entre 150 et 300 accusés.
Au-delà des pendaisons et du pauvre Giles Corey (condamné à la peine « lourde et dure », à savoir être écrasé sous des pierres jusqu’à la délivrance du trépas), de nombreux habitants sont d’ailleurs morts en prison.

Malgré pas mal de recherches, j’ai été frappée par les discordances dans les récits, y compris sur le nombre des victimes elles-mêmes. Tu gardes encore bien des secrets Salem !

Le dernier exécuté par pendaison le 22 septembre 1692


La fin des procès à Salem

Entre les premiers signes attribués à la sorcellerie, les accusations et le début des procès, plusieurs mois s’écoulent. La première pendaison se produit le 10 Juin 1672, jusqu’aux dernières le 22 septembre. Un hiver de terreur pour un été plus terrible encore. A l’arrivée de l’automne, les procès cessent enfin avec le gouverneur Sir William Phips. Ce dernier prend notamment en compte l’appel formulé par le scientifique Thomas Brattle et Increase Mather, son ami du clergé bostonien.

Précisons également que la femme elle-même de Phibs venait d’être accusée, accélérant étrangement enfin sa prise de conscience. Dans son ouvrage critique inspiré directement par les procès de Salem, Mather écrit « Il apparaît préférable que dix sorcières suspectées puissent échapper, plutôt qu’une personne innocente soit condamnée ». Brave Mather. Il sera plus tard Président de Harvard pendant 20 ans.

Salem se réveille peu à peu de son apathie délirante. La menace démoniaque s’estompe, mais la honte et le traumatisme laisseront leurs traces brûlantes. Pendant ces longs mois, la population, obnubilée par les accusations et dénonciations, a délaissé tout le reste, y compris leurs récoltes et bêtes. La ville est exsangue. Elle n’oubliera jamais.
Tu es prêt à me suivre de nos jours ?

Je suis innocente.

Salem aujourd’hui

A peine arrivé, on s’attend à…mais à quoi au juste ? Un climat angoissant, des murmures sur notre passage, des sensations de malaise ? Ou plus simplement, une âme bien présente, même tourmentée ?
Loin de ces sentiments, c’est d’abord la statue de la Sorcière Bien Aimée qui nous accueille avec un grand sourire sur la petite place du Lappin Park.
Ok, quelques épisodes ont été tournés ici…Pour le reste, je trouve qu’elle fait tâche ici. Désolée Samantha.

La statue est un bon support pour lire The Salem Gazette

Les boutiques de Salem

En prenant la rue Essex Street, je constate que la ville n’a pas peur d’assumer les cotés les plus kitch du folklore des sorcières.
Les magasins ne reculent devant aucun des clichés et je suis face à des mélanges hasardeux de t-shirts à messages, d’attrapes-rêve, de jeux de tarots et autres kits tout prêts pour lanceuse de sortilèges débutantes.

Malaise, disais-je ? Un peu oui, à la vue de ces boutiques sans grand charme. Ok, je m’étais peut-être un peu trop attendu à voir au moins un magasin de magie plus authentique ou beaucoup plus mystérieux. Il y a ici un mélange étrange, un peu clown triste. Un folklore cheap à demi-assumé, presque par obligation, mais avant tout par opportunisme commercial. Je ne pourrai pas juger individuellement chacune de ces boutiques, mais le climat général de cette rue est assez…fade, factice. Soit trop, soit trop peu. Pas assez sombre, trop léger, sans être joyeux pour autant. Un melting-pot où Harry Potter et Game of Thrones côtoient des masques d’Halloween, des candélabres et des bougies.

Nous sommes le dimanche de Pâques. La symbolique de la date et ma présence ici aujourd’hui est assez provocante, j’en conviens. De façon plus pratique, de nombreuses boutiques et restaurants sont malheureusement fermés pour l’occasion. Vraiment dommage, je n’ai donc pas pu entrer dans toutes celles qui m’attiraient.

On trouve même des mediums qui reçoivent leur client directement dans des coins dédiés de boutiques. La tentation est là, une seconde, pour l’anecdote. La seconde d’après, je suis dehors. A l’affût de nouvelles découvertes.

Le folklore autour des sorcières dans les rues de Salem

A mesure que nous avançons dans Salem, le folklore autour des sorcières montre son visage parfois franchement décalé. Mieux vaut en rire !

Un dinosaure dans les rues de Salem, ça n’a rien d’étonnant. Mais si il porte un bandana…


Sur le chemin du Heritage Trail

Le Trail de Salem offre parfois plusieurs boucles et emprunte plusieurs chemins, mais l’ensemble de la visite est largement faisable en une grosse demie-journée si tu ne veux pas trainer. Plus si tu as prévu des visites de musées ou de simplement prendre le temps.

Tu t’en doutes, quelques lieux proposent en effet des visites payantes basés sur l’histoire des sorcières. Bien sûr, je n’en ai fait aucun 🙂
Parmi eux :


La Witch house

La très gothique Witch House de Salem

La fameuse ! N’est-elle pas incroyablement attirante ? Ce genre de maison à l’architecture typique du 17ème éveille tellement l’imagination, pour peu que l’on aime cet esthétique, que je trouve pour ma part magnifique. Tout est tellement aseptisé aujourd’hui, avec une injonction à la gaité, au positivisme béat. Balayer tout ce qui est inquiétant, mystérieux, voire un peu glauque. Pour autant, cette « Witch House » la mal nommée, ne m’attirera pas dans sa visite.

J’ai vraiment hésité, et je pense que j’y céderai lors d’une prochaine venue. En effet, c’est la seule maison d’époque directement liée au procès. Mais désolée, aucune sorcière n’y a vécu : seulement un des juges, Jonathan Corwin. Celui-ci ne s’excusera d’ailleurs jamais pour son rôle décisif dans cet épisode dramatique. Environ 12$ l’entrée pour faire un bond dans le temps et découvrir l’intérieur de la bête.


The Witch Museum

Le Salem Witch Museum

Le musée le plus connu qui retrace l’histoire des procès. Même si le bâtiment en soi est assez attirant, j’ai lu pas mal d’avis de visiteurs étant largement restés sur leur faim. L’histoire est plutôt survolée, sans détails ni profondeur et je n’avais pas envie d’être frustrée. En étant à Salem, je voulais surtout explorer et visiter les lieux moi-même. Et, disons ce qu’il est, je n’avais pas forcément envie de payer 15$. Je préfère autant m’acheter un bon livre sur l’histoire de Salem, et poursuivre mes recherches sur ce sujet dont j’ai envie de connaitre le moindre détail.


Witch Dungeon Museum

Un autre musée, mais l’histoire est cette fois retranscrite par des acteurs. Même si le résultat sera sans contexte plus vivant, je passe là encore mon tour pour cette fois. Et ce n’est pas les piloris à l’entrée qui me feront changer d’avis.


The House of the 7 Gables

Autre maison typique, à l’histoire moins lourde mais aussi fascinante. Voici « La maison aux 7 pignons » star du roman gothique de Nathaniel Hawthorne, publié en 1851. Son précédent ouvrage « La lettre écarlate » te dis peut-être plus quelques chose ? Quoi qu’il en soit, l’auteur n’épargne pas les puritains dans ces deux romans. Et pour cause, il est un descendant direct d’un des juges des procès de Salem ! Une façon pour lui de se décharger de la culpabilité et la honte qui ont suivi les procès.

Cette maison, appartenant à sa cousine, a inspiré le nom de son roman qui parle d’un famille maudite, de sorcellerie, de morts inexpliquées et de hantise. Tiens tiens…Pour la visite, il ne faut juste pas avoir peur de dépenser environ 18$.

Little Free Library à Salem


Pause goûter, cimetière et confiseries

Pour la pause goûter, un passage rapide pour déguster un très bon (mais trop cher et trop petit) Carrot Cake chez Maria’s Sweet Somethings.

Pendant le trail, tu passeras par le cimetière The Burying Point, petit par la taille mais riche en histoire. Accolé à celui-ci, un hommage aux victimes que je ne remarque même pas sur le moment. Timide façon pour Salem d’évoquer officiellement les procès.
Etrangement, je ne m’y attarde pas trop, alors qu’il déborde de souvenirs…je m’y reposerai en paix tout à l’heure en fin de journée 😉

Après recherche, je confirme le fait qu’aucune des sorcières exécutées ne se trouvent enterrées ici. En effet, les condamnés n’avaient pas droit à une véritable sépulture, et il était considéré comme inacceptable de récupérer les corps au sol. Il est cependant plus que probable que certaines familles aient attendu la nuit et ses ténèbres pour subtiliser leur défunt afin de leur offrir un semblant de repos. Mais là encore, bien des mystères entourent leurs dernières demeures…


Sans transition, une nouvelle dose de gourmandise est à découvrir dans la boutique Ye Olde Pepper Companie, la plus vieille confiserie des Etats-Unis. En cette période de Pâques, ça tombe plutôt bien coté chocolat, qui déborde sous toutes ses jolies formes. On y vend aussi des bonbons dont les Black Jacks , typiques de Salem. Un peu de douceur bienvenue.

Ye Olde Pepper Companie


Le bord de mer dans la brume

N’oublions pas que Salem est une charmante petite ville maritime. Justement, nous y arrivons en fin de trail. Si l’été doit rendre l’endroit très agréable et accueillant, son visage aujourd’hui n’est pas des plus engageant.
Le temps gris s’accorde parfaitement au décor qui nous plonge aisément dans l’ambiance de l’époque. La brume s’enroule autour de la jetée et jusqu’à l’horizon. Et autour de mes pensées, que je laisse comme souvent s’évader.

Promenade sur la jetée vers l’horizon embrumé

Où les « sorcières » de Salem ont-elles été exécutées ?

Après avoir fait plusieurs fois le tour du village, il est à présent temps d’en sortir…Avant de me rendre à Salem, je n’avais volontairement fait que peu de recherches. Je voulais vraiment m’imprégner de ce que la ville voudrait bien me donner, sans à priori, et laisser faire ma curiosité.
Après plusieurs heures passées à chasser les fantômes dans ses rues, je me suis demandé où avait finalement eu lieu le coeur du drame, à savoir l’endroit exact des pendaisons des malheureux condamnés.

Il se trouve que des recherches ont justement été reprises il y a quelques années pour corroborer ce qui avait déjà été avancé au 20ème siècle. En recoupant cartes et témoignages, c’est finalement au pied de la colline Gallows Hill (et non à son sommet comme on pouvait encore l’entendre) que le lieu précis à été validé.

Le memorial Proctor’s Ledge sur les collines de Gallows Hill à Salem


Proctor’s Ledge sur les collines de Gallows Hill

La colline se situe un peu en dehors de la ville et accessible à pied. C’est parti pour rendre un véritable hommage aux victimes. Celles qui ont tenu bon jusqu’au châtiment sans céder aux aveux de quelconques sorcellerie. A mesure que je m’éloigne du village, je vois défiler les façades en bois colorées si typiques des états-unis et si chères à mon coeur. Coeur qui se fait plus lourd en approchant d’un lieu authentique, presque oublié au détriment du folklore qui se vend sous des volutes de mauvais encens.

Tous les noms des victimes pendues à Salem sont inscris ici


Etrangement, le ciel jusque-là invariablement gris commence à céder la place à quelques rayons.
J’arrive. Voilà les mots « Proctor’s Ledge« , sobrement gravés sur un cube de granit. Un jeune arbre maigre trône au centre du mémorial qui consiste en 19 noms inscrits chacun sur son carré de pierre, placés en demi-cercle. 14 femmes, 5 hommes.
C’est donc ici que les sentences ont implacablement été appliquées. Les condamnées étaient pendues à un des arbres, la terreur les enserrant aussi sûrement que les noeuds autour de leur cou.

Proctor’s Ledge à Salem, un vrai hommage aux victimes


Rendre hommage aux sorcières de Salem

La simplicité du lieu dénote avec l’implacable et macabre destinée des victimes. Le ciel est bleu à présent, les oiseaux chantent. Personne d’autre n’est là, et on n’ose presque pas regarder autour de nous pour ne pas troubler ce calme. Certains iront sans doute raconter à quel point les énergies sont puissantes et troublées ici. Peut-être. Moi, je ne vois qu’une triste liste de noms, tout en discrétion, au bord d’une petite route. Triste sobriété que je suis tellement heureuse de découvrir. Au pied de l’arbrisseau se trouvent les mots « We Remember« .

L’inscription discrète au pied de l’arbre à Proctor’s Ledge


Ce mémorial aura pourtant dû attendre 2016 pour être érigé.
324 ans pour distinguer ce lieu pas comme les autres. Coté souvenir, on pouvait attendre mieux… Bien sûr, il y avait déjà ce mémorial près du cimetière. Mais c’est bien ici que tout le poids symbolique se trouve.

Au coeur du village, l’imagerie des sorcières est surexploitée, omniprésente, étirée dans toutes les directions, moquée, vulgarisée. La véritable histoire reste en filigrane, évanescente et fuyante. Chuchotée. C’est le vent qui souffle dans les arbres de Proctor’s Ledge qui la raconte sûrement le mieux.

Chaque nom a droit à un empilement de pierres typique déposé par les visiteurs, certaines portant des inscriptions. Une jolie façon de rendre hommage. Le lieu est pudique, ouvert aux regards mais fondu dans le paysage. Je prend le temps de graver ce moment dans ma mémoire. Une découverte passionnante qui a beaucoup de sens pour moi.

On empile des pierres au-dessus du nom de chaque victime


Balade ensoleillée dans un Salem apaisé

Après ce passage riche en émotions, il est temps de revenir sur nos pas.
Le soleil a gagné la bataille et je découvre sous une autre lumière les rues désertes et le défilement des belles maisons victoriennes. Un peu de vie prend la forme d’enfants qui cherchent les oeufs en chocolat dans les jardins. Je traverse un Salem tranquille, ensoleillé, doux.


En se rapprochant du centre, je relis plus attentivement les petites pancartes qui habillent les façades et indiquent l’année de construction de la maison et le métier de son premier propriétaire. Charmant et instructif.

En retournant aux abords des quais, je découvre enfin l’horizon dégagé.
Les quelques restaurants ouverts donnent enfin ce petit air de vacances, un des musiciens jouent du jazz à l’intérieur d’un d’entre eux. Les gens boivent des verres en terrasse. La petite ville quitte son manteau de mystère. L’heure est au départ.

La brume s’est dissipée, on voit enfin l’horizon sur les quais de Salem
Un visage un peu plus accueillant à Salem


Au revoir Salem

Salem, je reprends le train pour Boston et je te quitte, toi et la lourde histoire que tu peines à dévoiler sans vouloir pour autant l’oublier. Souvent, lorsque je découvre une ville, elle m’apparait un peu comme une personne. Mais toi Salem, tu portes les soupirs de tous tes fantômes. Accusés ou accusateurs, ils brouillent les pistes, et ton visage de mignonne petite ville portuaire nous détachera difficilement de leur passé.

Tu m’as troublée et décontenancée autant que fascinée. Et j’espère avoir donné envie de te rencontrer à tout ceux qui s’intéressent à toi. Je sais que tu sauras les ensorceler.

J’ai pris beaucoup de plaisir (et de temps) pour te raconter mon ressenti sur cette ville pas comme les autres. N’hésite pas à me poser tes questions, à réagir, à échanger sur ce sujet avec moi.


Française installée à Montréal, minimaliste/multipassions : nature, animaux, bien-être, adrénaline. Espère t'intéresser, te faire voyager, échanger avec toi et changer le monde.

12 Comments

  • Thierry

    Bonjour Marge 🙂,
    Toi aussi Marge, tu nous as ensorcelés avec ton article. C’est le genre de sujet que je trouve passionnant. Cela me fait penser à l’inquisition qui c’est passé en France contre les Cathares. Les gens qui pensent différemment de la religion ou de la société sont ridiculisés ou supprimés. J’aurai bien aimé connaître ces  » sorcières », elles avaient sûrement beaucoup de choses à nous apprendre ou à nous faire découvrir, mais la société a préféré rester dans l’ignorance !!
    Même si tu es très intéressé par l’étrange et en même temps très cartésienne, ne crois tu pas un peu à la sorcellerie, aux forces occultes, aux dimensions parallèles où vivent fées et lutins entre autres ? Je te verrai bien en gentille sorcière, habitant au milieu de la forêt, tu aurais le don de pouvoir communiquer avec tous les animaux ! 😄
    Bien sûr cela prête à sourire, mais sais tu que beaucoup d’artistes (surtout chanteurs) disent avoir fait un pacte avec Satan pour avoir du succès ?
    Laissons notre esprit ouvert 😀
    À bientôt Marge sur ton balai magique 🧚‍♀️💛⭐🌞

    • Marge

      Hello Thierry !
      Merci pour ce retour positif ! Cette chasse aux sorcières peut en effet en rappeler d’autres. Concernant Salem, il ne s’agissait pas forcément de gens qui pensaient différemment de la religion, au contraire puisque les habitants étaient très impliqués pour la plupart dans la communauté. Mis à part quelques « moutons noirs » qui ont été pointés du doigt, c’est en majorité des personnes pieuses, du moins en apparence, qui en ont accusé d’autres tout aussi pieuses. Une histoire banalement humaine, dans tout ce que cette humanité a de faillible.
      Les « sorcières » qui ont péris ici ont surtout à nous apprendre leur courage mais aussi leur obstination dans leur religion. On ne connait pas les derniers mots de chaque victime, mais un bon nombre à continué à clamer leur innocence tout en priant Dieu.

      Je ne peux pas dire que je « crois » en la sorcellerie. Je crois cependant au besoin qu’à toujours eu l’homme de chercher au-delà de son quotidien, et ce par divers moyens. Je m’y suis intéressée assez jeune, mais je me considère comme très libre. Je ne me reconnais dans aucune pratique, aucun dogme. Je suis très dérangée par le commerce également qui est fait autour de la « magie ». Tout est prétexte à acheter, posséder un nouveau jeu de tarot, de jolies cartes toutes plus attirantes les unes que les autres. Je pense que la bienveillance, l’énergie positive, l’empathie ne demandent rien d’autre que de s’y ouvrir et de s’y atteler au quotidien. Avec ou sans pendule 🙂 (que je possède, en l’occurence ^^)
      Je laisse fées et lutins dans la dimension qui leur plaira. Je vois beaucoup plus tous les jours le mal et les dégâts que nous causons à notre terre et ses habitants innocents. Encore une fois, nul besoin de pouvoir spécifique pour communiquer avec les animaux 🙂 Sauf si l’on considère que l’amour qu’on leur porte et la sensibilité extrême que j’ai pour eux est un pouvoir. Merci beaucoup de me voir en gentille sorcière de la forêt en tout cas haha.
      Quant au pacte avec Satan pour avoir du succès artistique, je n’ai pour ma part entendu aucun artiste reconnaitre ce genre de choses. Ce qui est ironique, c’est que j’écoute beaucoup de musique que l’on pourrai qualifier de satanique quand on ne la connait pas !
      En tout cas, ma discrétion dans cette passion du chant prouve mon innocence haha. D’ailleurs, suis-tu aussi ma page musique ?
      A bientôt !

  • Mina

    Belle sorcière, ce récit sur Salem que tu viens de nous raconter, est véritablement passionnant,angoissant,même si ces faits sont connus,
    J’étais loin de me douter l’horreur qu’on pu subir tous ces accusés,
    Te connaissant je t’imagines coller ton oreille contre un mur d’une de ces belles maisons,dans le cas où une supposée sorcière aurait un secret à te dévoiler, frissons garantis ..
    Les photos superbes comme d’habitude, et une écriture à faire pâlir les romanciers .
    À très vite.
    Bisous.

    • Marge

      Ma Mina, merci beaucoup pour ces mots qui me touchent tellement. Je suis vraiment heureuse de pouvoir partager tout ça avec toi, et savoir que tu me lis me rend très fière !
      Tu me connais bien, moi et mon coté Strega pas vrai ?
      Merci encore, à très bientôt, gros bisous

  • JF

    Quelle belle découverte ! Tu décris si bien ce décor et les sentiments qu’il t’inspire. Bien au delà d’une présentation ‘touristique’, ton texte mêle légèreté et gravité, simplicité et profondeur… Tu nous fais voyager, rêver, et ressentir… Merci !

    • Marge

      Merci beaucoup ! J’ai adoré découvrir cette ville et me plonger dans son histoire. C’était important pour moi de vous embarquer avec moi, alors merci encore pour ces mots encourageants qui me font si plaisir.
      A très vite pour la suite, merci encore !

  • Laura O.

    Merci pour cet article très prenant, ta plume est vraiment efficace on a l’impression d’y être !
    De mémoire, Salem n’est elle pas la ville de prédilection des romans de Stephen King ?

    • Marge

      Hello Laura ! Merci beaucoup de me suivre par ici et pour tes gentils mots. En fait, il y a plusieurs Salem aux Etats-Unis, et celui du roman de Stephen King du même nom est dans le Maine. De façon générale, il adore placer ses actions dans cet état ! Il parle peut-être de Salem, Massachusetts dans un autre de ces bouquins. Merci encore pour ta lecture et ton commentaire 🙂

  • Sylvie Margot

    Hello Marge
    Je viens de découvrir tes carnets de voyage et j’ai commencé par lire ton chapitre sur Salem car j’adore cette histoire, inquiétante mais fascinante ! Bravo pour ton talent de conteuse. Un de plus ! Je vois que tu vis tes passions, ça fait plaisir. Je m’abonne ! Bises lointaines. Sylvie

    • Marge

      Hello Sylvie ! Quel plaisir de te lire ici !
      Merci beaucoup pour ta visite et tes mots, je suis ravie de t’avoir embarquée avec moi à Salem. Les passions à vivre sont encore meilleures quand on les partage 🙂
      A très bientôt pour de nouvelles découvertes, bises

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