illustration de la journée d'excursion à punta laguna au mexique
Mexique,  Voyages & Activités

Road-trip Mexique 3/7 : Excursion à Punta Laguna, rencontre avec une famille maya et cénote sacré

Aujourd’hui, je t’emmène vivre une journée inoubliable qui t’en mettra plein les yeux et le coeur. Cap vers la réserve de Punta Laguna, une merveille du Yucatan, encore sauvage et préservée. Au programme : une longue rencontre avec une famille Maya, la découverte des singes araignées et hurleurs qui peuplent la jungle et la visite d’un cénote sacré. Une expérience authentique et inoubliable, temps fort de mon voyage.
Suis-moi entre les arbres, le coeur battant et le sourire aux lèvres.


Avant ce jour, je n’avais jamais participé à aucune excursion. Ce voyage sera décidément le lieu de nombreuses premières fois. Certains endroits du monde appellent la découverte guidée, quand celle-ci est proposée avec authenticité, foi, et valeurs communes. Un moyen de saisir l’essence d’un territoire inconnu de façon plus complète, riche et facilitée. En découvrant le travail de Martine Dufour, une québécoise mexicaine de coeur installée là-bas depuis des années, j’ai tout de suite été enthousiasmée. La lecture de son portrait, son éthique, la passion qui transparait dans les deux parcours qu’elle propose me font instantanément briller les yeux.

Choisir son excursion au Yucatan

Tu t’en doutes, j’ai eu bien du mal à choisir : les rencontres humaines, la variété, les mystères de Punta Laguna ? Ou la richesse, les ruines, les canaux et le bateau de Sian Ka’an ? Je m’autorise les deux, et les échanges chaleureux avec Martine par mails et messages oraux finissent de me convaincre. Il n’y avait plus qu’à caler ces deux étapes dans mon planning encore flou, et c’est parti, la date de cette première journée d’exploration est arrivée. Je pressentais beaucoup d’émotions, mais je ne savais pas encore à quel point.

Tu es prêt(e) ?


Rendez-vous en terre inconnue

Le réveil est agréable dans le superbe Airbnb de Valladolid. Nous avons rendez-vous à 11h30 à Coba avec Ursula, une des collaboratrices de Martine, qui partage son enthousiasme et ses valeurs. C’est elle qui nous guidera pendant cette journée unique.
Le lieu se trouve à un peu moins d’une heure d’ici, et nous arrivons au point de rendez-vous sans problème. La chaleur est déjà très forte, et mon téléphone ne capte plus aucun réseau. A ce moment-là, j’espère avoir bien compris où nous devions nous retrouver…


Pas de panique, Ursula arrive pile à l’heure, et grimpe dans notre voiture. Le premier contact est chaleureux, je sens qu’on va bien s’entendre. Nous commençons à échanger pendant le court trajet qui nous emmène à la réserve. Ursula est autrichienne, comme en témoigne son léger accent. En quelques phrases, le ton est donné, on fait le plein d’enthousiasme et de bonne humeur. Mon coté sauvage s’efface rapidement.


Arrivée chez les Mayas : découverte de la communauté

Première étape de l’excursion, la rencontre avec la famille Maya !
Je suis à la fois très impatiente, avec une petite pointe d’appréhension. Vont-ils être heureux de nous accueillir ? Arriverons-nous à communiquer ? Vais-je arriver à lâcher prise pour profiter ?
En une vingtaine de minutes depuis Coba, nous arrivons dans ce coin secret, en roulant dans un chemin de terre que seuls connaissent les initiés.
On prépare notre matériel photo et vidéo mais pour le reste, rien ne pouvait nous préparer à ce que nous allions vivre.

Avant de pénétrer dans la jungle, Ursula nous briefe rapidement sur ses éventuels dangers. L’excitation monte d’un cran. Elle nous donne également quelques mots de vocabulaire Maya dont « ma’alob k’iin », pour dire Bonjour ou « bon soleil » (joli non ?), le seul que j’utiliserai.
Nous voici partis pour une très courte marche dans cette végétation que je découvre. Ca y est, le chemin s’ouvre sur le lieu de vie de la famille qui va nous recevoir. Toujours en pleine nature, mais avec un espace plus ouvert et une maison typique que j’aperçois. Ursula envoie des « Malob Kin » sonores, mais personne ne semble là, pendant de longues secondes…

Maison typique maya
L’arrivée dans le village Maya et ses maisons typiques. Photo : Martine Dufour


Premiers échanges avec les Mayas

Enfin, une enfant vient à notre rencontre, et Ursula est instantanément émue : elle retrouve Mélanie, une des filles de la famille qui grandit tellement entre chaque rencontre après l’avoir connue toute petite.
Elle nous guide directement vers cette fameuse petite maison en terre au toit de chaume typique qui sert de cuisine. A l’intérieur, la chaleur est étouffante mais la grand-mère qui y fabrique des tortillas semble ravie de nous accueillir, et je me sens déjà tellement privilégiée d’être ici.
Nous la regardons faire, et elle nous montre avec plaisir : les gestes sont précis, maitrisés.


Fabrication de tortillas de maïs

Elle prend une petite boule de purée de maïs, qu’elle aplati ensuite et fait tourner avec une main tout en formant un bord avec l’autre. Bon, plus facile à voir qu’à raconter…et qu’à réaliser ! Et oui, ce petit tabouret là, juste à coté d’elle, il est pour nous. Je prends place et je m’attelle à la réalisation de ma première tortilla de maïs.
En l’écrivant, je revis exactement ce moment d’une grande intensité, pourtant si simple.

On réalise à cet instant à quel point nous avons tendance à perdre ce contact avec la matière, cette transmission de techniques. Et le partage. Oui, nous cuisinons, et c’est déjà ça. Mais tu vois cette phrase du Petit Prince qui parle de l’eau du puit ? Celui qui se trouve en plein désert et à quel point c’est de cette eau dont il avait soif ? Et bien, c’est un peu ce que j’ai ressenti. J’ai souvent tendance à me sentir « awkward ». La reine du mal à l’aise…Mais pas de place pour ça ici : profite de cet instant, viens avec ta simplicité, ton envie d’apprendre, sans réfléchir.

Je me retrouve au Mexique, en plein coeur du Quintana Roo, dans la jungle, et je fais des tortillas avec une abuela Maya. C’est beau, c’est doux, et c’est bon ! Car oui, on goûte directement ce qu’on réalise. Après avoir réalisé les tortillas, elles sont cuites sur place, sur une surface en fonte (comal) chauffée par un feu juste en dessous. Ma toute première est pas trop mal réussie, ma seconde un peu mieux. Pas besoin de mots pour se comprendre avec la grand-mère : on sourit, on rit, et on met la main à la pâte. Cette fierté de s’appliquer, de faire quelque chose pour la première fois, dans un cadre si précieux est une vraie chance.

Moment de partage en cuisine. Photo : Ursula


Plantes médicinales Maya

A ce moment-là, un des hommes de la famille, le fils Efren nous propose de visiter le terrain et toutes ses richesses botaniques. Génial ! En sortant de la cuisine, l’air extérieur me semble frais en comparaison avec la fournaise de la petite maison. J’ignore encore que cette rencontre avec lui sera si bouleversante. Pour le moment, il rayonne de gentillesse, habillé tout en blanc et tout en sourire. Son plaisir à nous transmettre ses connaissances se lit sur son visage. C’est parti pour une vraie leçon de pharmacopée Maya, où les plantes occupent toute la place.

La curieuse en moi, toujours en soif de connaissances est comblée : je regrette de n’avoir pas pris un carnet pour tout noter, et puis je lâche rapidement prise. J’ai en tête quelques secondes l’idée de prendre chaque plante en photo pour y associer toutes ses vertus dans cet article, telle l’intrépide que j’étais, du nom du club nature que j’avais créé enfant.
Tant pis, je me contente de boire les paroles, de sentir les feuilles froissées qu’il nous tend, de reconnaitre les odeurs d’orange amère ou de menthe. De goûter aussi à certains remèdes, pour adoucir la gorge ou calmer les maux d’estomac.

Les Mayas ne voient pas de médecins sauf extrême urgence, et je sens toute leur fierté de posséder toutes ces connaissances ancestrales, transmises notamment par la grand-mère. Cette préservation, à la fois des plantes et de leurs richesses est un vrai enjeu. On sait à quel point elles sont entre de bonnes mains ici.


Préserver les abeilles Meliponas

Je ne suis pas au bout de mes surprises, et la prochaine étape va me combler. Non, il ne s’agit pas (encore) de nourriture…enfin, pas tout à fait. Ici se trouve un élevage des petites et fragiles abeilles Mayas, qui produisent un miel unique pour plusieurs raisons. Bonne nouvelle, on va voir ça de plus près, de très près puisque Efren nous présente ces petites protégées, dont il s’occupe. Les abeilles meliponas sont une espèce toute particulière : elles ne possèdent pas de dard, ne produisent pas de gelée royale et beaucoup moins de miel que leurs cousines. Chez les Mayas, elles étaient considérées comme divines et sont aujourd’hui préservées par des passionnés comme Efren.

Nous avons cette opportunité incroyable de voir un véritable nid dans un morceau de tronc creux qui contient la précieuse colonie. En l’ouvrant avec précaution, nous plongeons dans ce monde complexe et organisé, où chaque individu s’affaire. Ici, une reine est présente comme chez les autres abeilles, et nous avons la chance de l’apercevoir. Par contre, plusieurs « princesses » existent, prêtes à prendre la place de sa majesté si celle-ci venait à disparaitre. De même, nous apprenons que les entrées sont protégées par trois gardes, dont un se sacrifiera en cas de danger, laissant aux autres le temps et l’opportunité de réagir. Fascinantes abeilles, quelles qu’elles soient, d’où qu’elles viennent. Mais j’avoue que celles-ci m’ont particulièrement touchées.


Le miel melipona, nectar précieux des abeilles mayas

En plus de la découverte de cette colonie pas comme les autres, nous avons la possibilité de goûter à ce miel si rare et précieux, produit en très petite quantité. Efren en prélève avec une seringue, et en dépose généreusement sur le dos de nos mains. Sincèrement ? Délicieux. Ce miel est très liquide, non poisseux et son goût est étrangement fruité. Quant à celui du nid du tronc ouvert devant nous, il est encore plus jeune et j’ai l’impression de boire du sirop de mangue. Une dégustation magique qui fait du bien au corps et au coeur.


Et quand on parle de dégustation…l’heure du repas approche. Nous avons le plaisir et l’honneur d’être invités à manger ici-même. Avant ça, Efren nous guide vers un puit, proche de leur potager et des champs qu’ils cultivent. Et quel puit…là encore, le Petit Prince ne pourrait pas être plus proche. Il puise directement dans l’eau pure d’un cénote. En se penchant, on aperçoit d’ailleurs dans le fond quelques poissons chats qui nagent…Nous sommes invités à boire cette eau naturelle, et à se rafraichir avec. Un vrai baptême !


Repas chez les mayas

En revenant sur nos pas, nous sommes conduits dans un autre coin du camp. Et là, wahou : une grande table recouverte d’une nappe immaculée nous attend, garnies de bols à ne plus savoir où poser les yeux.
C’est tout simplement magnifique. Je suis vraiment émue de voir le soin apporté à notre accueil. Emerveillée par la générosité, et par ce repas providentiel, à la fois si naturel et singulier au beau milieu des arbres. Nous prenons place sur les bancs en bois de part et d’autre de la table. Nous ne sommes que tous les trois. On nous sert d’abord une limonade maison : eau, citron cueillis sur place et miel…Un vrai délice.

Devant nous, les tortillas de maïs, bien sûr, et nous avons chacun un bol (naturel, fabriqué directement avec les plantes d’ici) d’haricots rouges cuisinés, un grand plat d’oeufs brouillés au chaya, une salade de tomates, oignons et coriandre, une sauce pimentée, des tamales…Le tout préparé avec les produits d’ici, et le savoir-faire lumineux de nos hôtes.
Les tortillas m’apparaissent d’ailleurs soudainement comme de vrais petits soleils.

Repas maya
Un repas Maya dans la jungle. Photo : Martine Dufour


Nourriture authentique pour le corps et l’esprit

C’est alors qu’un chaton sorti de nulle part déboule sur moi, et c’est une grande séance de câlins, de ronrons et de témérité pour manger dans mes plats. Je te l’ai déjà dis, il y aura toujours des chats dans mes récits…
Je pensais que nous mangerions avec la famille, mais non, tout ça est pour nous seuls. Cependant, au milieu du repas, Efren vient nous rejoindre pour discuter avec nous. S’en suit un échange passionnant sur la culture Maya en général, et la famille qui nous accueille en particulier. Nous apprenons avec quelle force, pugnacité et conviction ils préservent leur terres, leurs acquis, leur histoire. Je comprends que rien ni personne ne pourra leur enlever ce qu’ils ont su construire ici et protéger.

Je réalise aussi avec quelle sincérité et plaisir authentique ils partagent cette histoire avec nous. Se nourrir de ces plats délicieux en même temps que de ces paroles pleines de sagesse, de bon sens, de simplicité et de profondeur. Nous parlons de divinités, de modernité, de nature, de villes et des valeurs du travail. De ce travail qui est si important pour la famille, quand il est synonyme de vrais efforts pour de vraies récompenses. Quand il se quantifie, quand il est réel et en harmonie avec la terre et entre chaque membre de la communauté. Tout raisonne, tout a du sens.


Echanges autour de la culture Maya.

Par exemple, en ce début de saison des pluies, nous étions soulagés d’avoir échappés jusqu’à présent aux gouttes. Ici, cette même eau est capitale pour donner vie aux champs de mais préparés depuis des jours attendant d’être enfin arrosés… Replacer le curseur où il se doit d’être, en quelques phrases.
Ces mayas sont des sages, et des rebelles aussi. Des résistant dans un monde où tout se précipite, dans les deux sens du terme.
Le repas s’étire, c’est si bon de sentir que l’on a tout le temps que l’on veut. Il se fini en douceur, et pas uniquement grâce aux morceaux de papayes du dessert.

Il n’est pas encore l’heure de partir. Nous passons par une nouvelle construction, où trônent des hamacs immenses, des petits bijoux artisanaux que vendent la famille, et où est également stocké la production de miel. Celle-ci, pourtant si précieuse, n’est pas vendue, et est uniquement utilisée par la communauté. Efren nous explique encore que ses abeilles sont une passion, et ses yeux parlent pour lui. Je ressens une bouffée d’émotions impromptue à ce moment-là. La relation des Mayas avec les abeilles a encore de beaux jours devant elle quand on écoute un tel discours.
Nous profitons de plusieurs membres de la famille réunie pour prendre quelques clichés souvenirs tous ensemble, ce qui n’arrange rien ma sensibilité du moment…

Photo de famille maya
Portrait de famille chez les Mayas. Photo : Martine Dufour


Prendre de la hauteur

Il reste un dernier lieu à découvrir, le genre de lieu dans lequel tu te réfugies longtemps après être rentré d’une telle journée. Nous grimpons en effet en haut d’une tour d’observation spacieuse. C’est un coup de coeur immédiat. La vue est magnifique à 360 degrés autour de la jungle. On voit le lac dont la hauteur fluctue en fonction des saisons, on voit tant de vert et de bleu à perte de vue. On voit surtout toute la beauté de l’instant.

J’ai envie de m’assoir ici, je le fais. Et tout naturellement, Efren, en face de moi, se remet à parler. Entre autre, des valeurs qu’ils préservent, de la difficulté de voir d’autres communautés céder à l’argent facile en vendant des terres précieuses. Et tout s’enchaine encore, Ursula traduisant tant bien que mal en direct. Etonnamment, j’ai l’impression d’être tellement concentrée que je comprends presque tout. Je ne quitte pas notre hôte des yeux, j’écoute…

Là, notre guide rit après plusieurs minutes ininterrompues de dialogue : « comment je vais pouvoir traduire tout ça moi ? ». Et là…comment te traduire moi-même ce qui se passe ? C’est à la fois très simple, et si intense. Au même moment où je pense que j’ai compris ce qu’il fallait, Efren explique à Ursula qu‘il n’y a qu’à regarder dans nos yeux pour savoir que l’on a saisi l’essentiel.

Tout sourire en haut de la tour d’observation
Vue magique sur la jungle depuis le belvédère.


Emotions universelles

Au moment où sortent ces mots, ce dont des larmes qui se frayent un chemin direct depuis mon coeur jusqu’à mes yeux. J’explose littéralement en larmes. Là, comme ça, laissant la pudeur ou la gêne de coté, abandonnant ce qu’il pouvait rester du masque qui me suit sans doute partout. Mais pas là, pas en haut de ce belvédère, pas en face de ce maya qui n’a pas besoin non plus de parler ma langue pour qu’on se comprenne.

En quelques secondes, nous sommes quatre à nous essuyer les yeux. C’est très fort à vivre, très fort à revivre en te le racontant. Cette fois ça y est, le départ est imminent, nous nous dirigeons tous vers l’escalier, puis rebroussons chemin jusqu’à la sortie du village.
Nous croisons un jeune fils, ado qui tient une bouteille de potion médicinale. La relève est assurée…
Arrivés au bout du chemin, Efren délivre jusqu’au bout ses paroles justes. Il nous dit qu’il n’y a pas d’au revoir, que ce n’est pas comme ça chez les Mayas. Que les Dieux ont voulu que nos chemins se croisent et qu’ils voudront peut-être qu’il se croisent à nouveau. Que si cela devait arriver alors qu’il ne serait plus là, il sait que l’on rencontrerait alors son fils, et que c’est la même chose. Enfin, en guise d’ « à bientôt », il demande si il peut nous prendre dans ses bras. C’est sur cette conclusion parfaite que nous poursuivons notre route vers la suite de la journée. Le coeur à bloc, la tête en accord.


A la découverte des singes araignées

Nous retrouvons la voiture pour arriver cette fois avec quelques minutes de piste sur le petit parking en terre de l’entrée de la réserve Punta Laguna, gérée en coopérative par une communauté maya voisine.
Quelques mots très importants : cette réserve de 5500 hectares est une immense richesse et un écosystème fragile. Sa protection et gestion sont un vrai sujet, et le tourisme n’a pas hésité à s’y faire sa place, de façon plus ou moins éthique.


Fais donc très attention à qui organise quoi et comment, car l’argent ne servirait alors pas du tout à la communauté, malgré ce qui peut être annoncé. Aujourd’hui, j’ai eu la certitude d’être en accord avec le village Maya et ses valeurs, et Ursula est elle-même toujours passée par des guides locaux tout au long de nos activité à Punta Laguna.


La maison du Singe et du Puma

Comme son nom Maya Otoch Ma’ax Yetel Kooh signifiant « La maison du singe et du puma » l’indique, nous allons justement aller à la rencontre des singes araignées. Avant ou après la découverte du cénote sacré ? C’est le jeune guide à l’entrée de la réserve qui décidera pour nous car il repère des signes de singes tout proche. Allons-y ! Nous nous enfonçons dans la partie de la jungle où les singes ont certaines habitudes. J’ai les yeux et les oreilles partout, à l’affût du moindre mouvement, son…ou odeur ! Car oui, les animaux sont bien là, pas loin, et on peut le sentir !

Les voici en effet, dans les arbres juste au dessus de nos têtes. Incroyable sensation et magnifique découverte. J’observe avec bonheur pour la première fois ces animaux si particuliers. Je ne les lâche pas des yeux et les voit évoluer, se déplacer de branches en branches, parfaitement à l’aise et d’une incroyable agilité. Quel privilège de vivre ce moment, de partager ce bout de jungle avec ses habitants.

Un singe araignée perché sur son arbre. Photo : Martine Dufour


Observation des singes araignées

Soudain, un bruit sourd, comme un début de cavalcade. Pas le temps de réfléchir, je me retourne pour voir les plantes au sol bouger très rapidement et un singe en jaillir en courant, rapidement suivi d’un second, à quelques dizaines de centimètres de nous. On vient d’assister à une scène de course poursuite et rivalité très rare pour les visiteurs. Quelques secondes ultra intenses et impressionnantes. Ursula est euphorique, elle me dit que c’est la première fois qu’elle a pu observer les singes araignées au sol ! A peine le temps de se remettre de nos émotions que nous sommes invités à poursuivre vers l’étape que j’appréhendais cette fois clairement : le cénote.


Vers le Cénote sacré

Replaçons les choses dans le contexte. Si tu as lu mon article sur le cénote Oxman, tu sais que j’ai une phobie de l’eau, ou plutôt des profondeurs. Ce qui n’empêche pas une grande fascination pour les milieux aquatiques. J’ai par contre toutes les difficultés à envisager de nager en mer si je n’ai pas pieds par exemple, encore plus à plonger. Là se situe la différence entre l’adrénaline que peut apporter la réalisation de défis, et la véritable angoisse paralysante. Souvent, celle-ci va pouvoir s’effacer en cas d’exposition, dans le jargon psy. En clair, braver ses peurs, pour mieux les dépasser.

Or, mon premier cénote m’a montré que cette angoisse était encore plus forte que je pouvais l’imaginer. Ce que j’ai ressenti face à ce trou d’eau turquoise fut d’une intensité rare…
Aujourd’hui, on va clairement placer la barre encore plus haute…ou plutôt basse, très basse dans l’inframonde…

Dès le début de la journée, j’avais fait part à Ursula de mes craintes. J’avais très hâte de découvrir ce cénote pas comme les autres mais j’ignorais encore si le contact avec l’eau serait obligatoire (naive sur ce coup, oui).
Je n’avais pas voulu connaitre les détails jusqu’à présent, me focalisant sur l’essentiel : dans les eaux de ce cénote se trouvent des éléments fascinants, potentiellement dérangeants pour certains que je mourrai d’envie de voir…Ursula m’avait alors répondu que pour ça oui, il allait falloir se mettre à l’eau, et nager. Ouch. Une légère angoisse se réveille donc alors que nous marchons vers ce mystère aussi attirant qu’effrayant.


Cérémonie de protection maya

Tout à mes pensées, nous voilà arrivés devant un autel tenu par un véritable chaman Maya. Nous ne franchirons pas ce passage sans une cérémonie de protection. Voilà qui devrait me rassurer…
Devant nos regards attentifs, ce rite de quelques minutes est un moment solennel et hors du temps. Sous les fumées, nous sommes chacun bénis par le chaman, qui me tend ensuite un bol d’une boisson qu’il a préparé. Et alors là, c’est mon moment de gloire. J’en rougis encore…

Mon bol dans les mains, investie de la mission de ne pas faire d’impair et de rester digne, je demande discrètement à Ursula si je dois tout boire. Il ne s’agirait pas de faire un faux-pas, n’est-ce pas ? Elle me répond par l’affirmative. Soyons clair, mon intuition et un certain savoir-vivre universel me poussaient pourtant naturellement à n’en boire qu’une gorgée avant de faire passer à mon voisin…Et tu sais ce qu’on dit de l’intuition hein ? (ou juste du bon sens) : ECOUTE-LA !!

La cérémonie de protection Maya avant de pénétrer dans le cénote sacré. Photo : Martine Dufour


Me voici donc à boire tout le bol, noyant mes derniers doutes sous de grandes gorgées. Voilà, j’ai bien tout fini monsieur le chaman. Bravo, clap clap. Ouaip. Il a bien sûr dû en reverser, sans doute consterné par cette touriste égoïste. Bien joué. Ou comment casser en quelques secondes l’aspect formel du moment.
J’ai comme une envie de disparaitre sous terre…Ca tombe très bien, c’est exactement où je vais.


Le cénote sacré

Nous sommes à présent sur le lieu le plus insolite, l’expérience la plus folle que j’ai eu l’occasion de vivre. En me tenant là, face à deux jeunes mayas et leur matériel de spéléologie, je ne savais pas encore à quel point.
Depuis la surface, un trou dans le sol juste assez large pour laisser passer un humain et toute sa témérité. En se penchant, le regard se perd une vingtaine de mètres plus bas, là où l’eau affleure au bout d’une échelle en corde. On est loin du cénote ouvert sur le ciel, où l’eau joue avec la lumière pour renvoyer des nuances turquoises. Enfin, comble du mystère et du frisson, je peux à présent te le dire : dans ces eaux noires reposent les ossements de nombreux corps.

Pour les observer de plus près, je vais devoir me résoudre à descendre, puis lâcher l’échelle directement dans l’eau, et nager vers eux. Alors attention : il ne s’agit pas là de sacrifices humains. Ces corps y ont été déposés pour certains, dans le cadre de rites funéraires, d’offrandes, ou se sont retrouvés ici à la suite de déplacements. Un vrai cimetière maya dont la centaine de crânes sont datés de la période pré-hispanique.


Braver ses peurs et descendre dans les profondeurs

Première étape, attendre d’être seule en surface. Chacun doit descendre un à un, je me retrouve donc naturellement la dernière à réaliser cet exploit. J’entend mon partenaire émettre quelques jurons au moment où il touche la surface et doit aller nager. Oui, ma peur est contagieuse…
On m’attache au baudrier, je mets les deux pieds sur les premiers barreaux de l’échelle avant de devoir les lâcher : c’est comme ça qu’on atteint le bas, en rappel, suspendue à une corde, dans le vide. Je vois doucement défiler (non, pas ma vie, mais presque), les murs de la grotte juste devant mes yeux. Toiles d’araignées, et nombreuses petites chauves-souris la tête en bas se trouvent à quelques centimètres de mon visage.

Pas le temps de s’y attarder, je poursuis la descente, et c’est maintenant un grand trou d’eau sombre qui apparait, et les murs qui s’élargissent en une vraie grande cavité. La sensation est incroyable. Je me rapproche de la surface de l’eau, le moment pour moi de m’agripper à l’échelle dont les derniers barreaux sont immergés. Ursula me détache, elle qui évolue déjà avec aisance dans le cénote. Ok. Me voici donc à quelques centimètres de l’eau, qu’elle éclaire avec sa lampe torche, rendant instantanément visible la multitude de poissons chats qui y nagent. Gloups. Je réalise que les ossements se trouvent à une vingtaine de mètres de l’échelle.


Nager dans un cénote sacré

Pas le choix, si je veux les voir, il va vraiment falloir nager de longues secondes. Pour le moment, mes bras sont enroulés autour des barreaux, je me sens prête pour Kho Lanta, je ne lâche RIEN. Tant pis pour la douleur, le ridicule et les regrets, je renonce dans ma tête avant que, oui, après de très longues minutes, la tentation soit trop forte, je me retrouve à l’eau sans trop comprendre comment. Merci au gilet de sauvetage qui me permet d’effectuer les mouvements les plus désordonnés et avancer quand même. J’hyperventile, mon souffle est totalement anarchique, je laisse échapper un nombre impressionnant de gros mots sans interruption mais j’avance. Je ne pense qu’à l’arrivée, j’oublie les poissons, l’eau noire et le kraken. Et enfin…j’y suis.

La torche se braque vers l’histoire, vers le mystère insondable. Un flash qui donne vie à ces crânes, ces squelettes entiers, préservés et étendus là, juste là sous mon propre corps que je ne sens plus. Partagée entre angoisse et fascination totale, je ne quitte pas des yeux ces incroyables dépouilles, là depuis tant d’années. C’est un moment d’une émotion et d’une intensité uniques, à en perdre le souffle. Après une journée si riche, j’expérimente et je découvre encore des secrets si bien gardés.


L’inframonde Maya

Inframonde. Tout est dans ce mot qui résonne, qui portent les échos des croyances de toute une civilisation. Ici s’organise 9 niveaux, où règnent les nombreux seigneurs de la nuit. En plongeant (littéralement aussi) un tout petit peu dans l’histoire des divinités Mayas et de ce monde souterrain, on peut comprendre que les angoisses qui y sont associées ont cet aspect universel, ancestral. Je n’ai donc pas peur des profondeurs, je suis juste très sensible aux sous-niveaux de l’inframonde Maya, voilà tout…

Il est temps de remonter, je suis la première cette fois à affronter l’échelle. Encore haletante et le coeur battant à tout rompre, je me focalise sur l’objectif. Honnêtement, ça m’a demandé pas mal d’efforts, et c’est tremblante de tous mes membres que j’ai atteins la surface. Fière, déboussolée, prenant quelques minutes pour ancrer ce moment bouleversant. Après un goûter bienvenu sous la forme d’une sorte de pain de graines et de cacahuètes au caramel offert par Ursula, nous nous dirigeons vers la dernière étape. Quelques minutes de marche nous sépare d’une tyrolienne au dessus de la lagune. Génial !



Tyrolienne dans la jungle

Cette journée est décidément un festival d’émotions, d’actions et de paysages magiques. Les 30 secondes de traversée à toute vitesse sont parfaites, sous un soleil plus doux et dans un cadre magnifique. Nous sommes presque à la fin de la journée…Après cette touche d’adrénaline et pour finir en douceur, il n’y a plus qu’à revenir par la lagune. Nous profitons d’un nouveau panorama inoubliable. L’eau est turquoise, la jungle tout autour, et un petit ponton de bois parfait s’avance dans l’eau.

Nous sommes seuls au monde, sous une lumière dorée. La nature semble nous accueillir et c’est un sentiment de plénitude et d’accomplissement qui dominent, parmi la foule d’émotions qui se relaient depuis ce matin.
Des canoës nous attendent. Glissant à présent sur l’eau, je profite de chaque seconde, apaisée et pleine de gratitude.
De retour sur la rive et avant de partir pour de bon, une tour d’observation nous appelle. On y grimpe, et on savoure, une dernière fois la vue qui s’offre à nous. Ursula nous laisse tout le temps que l’on souhaite.


Fin de journée à Punta Laguna

Après une telle journée, sous ce soleil déclinant, on ne peut pas se dire que c’est « déjà » l’heure de partir. J’ai vécu en quelques heures des moments si riches, variés, intenses qu’il est difficile de les réaliser en cet instant.
Nous rentrons à pieds vers le parking. Comme un dernier coup d’éclat, ce sont à présent des singes hurleurs que notre guide maya décèle, alors que nous étions presque déjà en voiture.

Un singe hurleur qui nous regarde de haut. Photo : Martine Dufour


Nous n’entendrons pas son cri typique mais c’est une chance inouïe de voir cette seconde espèce de singes, juste avant le départ.
Jusqu’à la dernière minute d’ailleurs, nous prolongeons l’instant : de nouveaux singes araignées sont présents dans les arbres au bord du sentier, profitant des mangues pourtant vertes. Une parfaite façon de conclure cette journée d’exploration.

Le regard au loin en cette fin de journée magique

Dans la voiture, sur la route vers Tulum où nous ramenons Ursula, la discussion tourne autour des moments partagés, des voyages, de la vie.
Je suis heureuse d’avoir fait la rencontre d’une belle personne qui a parfaitement accompagné et guidé cette journée. Nous nous prenons dans les bras, ce n’est qu’un au revoir…Merci Martine, et merci Ursula d’être de si belles ambassadrices de cette région sublime.

Les eaux calmes de la lagune de Punta Laguna
Paysage inoubliable de Punta Laguna
Vue sur Punta Laguna depuis la tour d’observation
Dernier regard sur cette douce fin de journée à Punta Laguna


Se remettre de ses émotions et reprendre la route du Quintana Roo

Le soir tombe. Nous nous arrêtons rapidement dans un supermarché pour nous acheter de quoi manger sur le parking. Je me sens vidée et pourtant si riche. Après une longue hésitation, nous prenons la décision de nous rendre ce soir à Bacalar. Sa lagune nous attire, même si c’est une petite folie de partir pour 3h de route, sans savoir encore où dormir.
Ursula nous rappelait d’ailleurs quelques minutes plus tôt que l’important n’est pas de cocher des cases, que c’est bien, parfois, de prendre vraiment le temps…Mais pour autant, son dernier message nous souhaitait bonne route vers Bacalar. Haha, je crois qu’elle a compris. C’est parti !

Punta Laguna, tu nous as offert une partie de tes merveilles. Et pour une fois, l’humain y a tenu une place de choix. Moi, la sauvage, pas sociable, souvent mal à l’aise, tu m’as touché en plein coeur. Tu m’as fais rire, tu m’as émerveillée, fait pleurer ou braver mes peurs. Tu m’as offert de la douceur, des mystères et des frissons. Tes couleurs comme le noir de tes profondeurs.
Punta Laguna, maison du singe et du puma.

Où s’abrite aussi aujourd’hui une partie de mes rêves.


Infos pratiques

Pour contacter Martine
Par mail : martinedufour.excursions@hotmail.com
Tarifs : entre 2000 et 3000 pesos par excursion (Punta Laguna / Sian Kan)

Française installée à Montréal, minimaliste/multipassions : nature, animaux, bien-être, adrénaline. Espère t'intéresser, te faire voyager, échanger avec toi et changer le monde.

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